DAN007

Daniel 5 – Le festin de Belshatzar : quand Babylone est pesée et jugée

Daniel 5 raconte la chute de Babylone sous le règne de Belshatsar, qui profane les vases sacrés. Une mystérieuse inscription, interprétée par Daniel, prédit la fin du royaume. Dieu juge les puissances humaines, illustrant l'arrogance de Belshatsar.

25 min Daniel Belshatsar Babylone profanation jugement 24 versets 2 livres

En quelques mots

Daniel 5 raconte l'une des nuits les plus célèbres de l'Antiquité biblique : le dernier festin de Belshatsar avant la chute de Babylone.

Alors que le roi organise un immense banquet, il fait apporter les vases sacrés autrefois pris dans le Temple de Jérusalem. Lui, ses dignitaires, ses femmes et ses concubines y boivent tout en célébrant leurs dieux.

Soudain, une main apparaît et écrit quelques mots sur la muraille du palais :

Mene, Mene, Tekel, Parsin.

Personne ne parvient à expliquer l'inscription. Daniel est finalement appelé. Son message est sans détour : Dieu a compté les jours du royaume, pesé Belshatsar et décidé de remettre son royaume aux Mèdes et aux Perses.

Cette même nuit, Belshatsar est tué.

Derrière cette scène spectaculaire se trouve un enseignement essentiel du livre de Daniel : les royaumes humains peuvent paraître invincibles, mais leur puissance demeure limitée.

Introduction - La dernière nuit de Babylone

Daniel 5 nous transporte plusieurs décennies après les premiers événements du livre.

Nebucadnetsar n'est plus roi. Plusieurs souverains lui ont succédé et, en 539 av. J.-C., le dernier roi officiel de Babylone est Nabonide.

Pourtant, le personnage principal du chapitre est son fils, Belshatsar.

Pendant longtemps, cette situation a posé problème aux historiens, car les listes royales babyloniennes ne donnent pas Belshatsar comme dernier roi de Babylone. Les découvertes de textes cunéiformes ont cependant permis de confirmer son existence : Belshatsar était bien le fils de Nabonide et il exerça d'importantes responsabilités politiques.

Daniel 5 se déroule précisément au moment où la domination babylonienne arrive à son terme.

Mais le récit ne raconte presque rien de la campagne militaire de Cyrus.

Son sujet est différent.

Il veut montrer ce qui se passe à l'intérieur du palais, au moment même où un empire qui paraît encore puissant est sur le point de disparaître.

Commentaire 1 - Un banquet au moment où le royaume vacille

Belshatsar organise un grand festin pour mille de ses dignitaires.

Le banquet donne une impression de puissance et de sécurité. La cour est réunie, le vin coule et le roi occupe toujours sa place au sommet de la société babylonienne.

Pourtant, cette apparence est trompeuse.

En 539 av. J.-C., l'Empire babylonien est confronté aux forces de Cyrus. La puissance qui avait dominé une grande partie du Proche-Orient arrive à la fin de son histoire.

C'est précisément ce contraste qui donne toute sa force au récit.

Dans le palais, on célèbre.

Dans l'histoire, le royaume est en train de tomber.

Daniel 5 montre ainsi combien la perception humaine peut être éloignée de la réalité. Belshatsar possède encore les signes extérieurs du pouvoir, mais il ne possède déjà plus son avenir.

Commentaire 2 - Les vases du Temple : la faute de Belshatsar

Au cours du banquet, Belshatsar donne un ordre particulièrement grave :

« Belshatsar, quand il eut goûté au vin, fit apporter les vases d'or et d'argent que son père Nebucadnetsar avait enlevés du temple de Jérusalem. » (Daniel 5.2)

Ces objets avaient été pris lorsque Jérusalem était tombée aux mains des Babyloniens.

Ils apparaissent dès le commencement du livre de Daniel.

Daniel 1 précise en effet que le Seigneur avait livré entre les mains de Nebucadnetsar une partie des ustensiles de la maison de Dieu.

Belshatsar va maintenant plus loin.

Il transforme ces objets consacrés en vaisselle de banquet.

Puis les participants boivent dans ces vases en célébrant :

« les dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre ». (Daniel 5.4)

Le problème n'est donc pas simplement l'excès d'un banquet.

Il s'agit d'une profanation volontaire.

Belshatsar prend ce qui avait été consacré au Dieu d'Israël et l'utilise pour glorifier des idoles.

C'est précisément à ce moment que tout change.

Commentaire 3 - Une main, écrit sur la muraille

Daniel raconte :

« En ce moment, apparurent les doigts d'une main d'homme, et ils écrivirent [...] sur la muraille du palais royal. » (Daniel 5.5)

Quelques instants auparavant, Belshatsar dominait la scène.

Maintenant, il est terrifié.

Son visage change, ses pensées le troublent et ses genoux s'entrechoquent.

Le contraste est saisissant.

Le roi devant lequel mille dignitaires sont réunis devient impuissant devant quelques mots qu'il ne comprend pas.

Les sages de Babylone sont convoqués.

Belshatsar promet à celui qui expliquera l'inscription des vêtements de pourpre, un collier d'or et la troisième place dans le royaume.

Mais personne ne parvient à donner l'interprétation.

Toute la sagesse de la cour babylonienne se trouve ainsi arrêtée devant quelques mots écrits sur un mur.

Le saviez-vous ? - Pourquoi la « troisième place » ?

La promesse de la « troisième place dans le royaume » est particulièrement intéressante.

Les documents babyloniens montrent que Nabonide était le roi officiel et que son fils Belshatsar exerçait une autorité considérable.

Il est donc possible de comprendre ainsi la situation :

Nabonide occupait la première position ;

Belshatsar exerçait la seconde ;

la troisième place constituait l'une des plus hautes dignités que Belshatsar pouvait encore accorder.

Cette explication est historiquement cohérente, même si aucun document babylonien connu ne fournit un organigramme officiel numéroté de cette manière.

Commentaire 4 - La reine se souvient de Daniel

Une femme intervient alors dans le récit.

Elle est appelée simplement « la reine ».

Elle semble différente des femmes et des concubines déjà présentes au banquet, puisqu'elle entre dans la salle après avoir entendu parler de la crise.

Elle rappelle au roi qu'un homme s'était autrefois distingué sous Nebucadnetsar :

Daniel.

Elle se souvient de sa sagesse exceptionnelle et de sa capacité à expliquer les mystères.

Son identité exacte reste inconnue. Il pourrait s'agir d'une reine mère ou d'une femme de très haut rang appartenant à la génération royale précédente.

Mais son rôle dans le récit est surtout celui de la mémoire.

Alors que la cour de Belshatsar ne sait plus quoi faire, elle se souvient de ce qui s'était passé sous Nebucadnetsar.

Daniel est donc appelé.

Commentaire 5 - Daniel refuse de se laisser acheter

Belshatsar propose à Daniel les mêmes récompenses qu'aux autres sages.

La réponse de Daniel est remarquable :

« Garde tes dons, et accorde à un autre tes présents. » (Daniel 5.17)

Daniel donnera l'interprétation, mais sa parole ne dépend pas de la récompense du roi.

Avant même d'expliquer l'inscription, il rappelle à Belshatsar l'histoire de Nebucadnetsar.

Celui-ci avait reçu un immense pouvoir.

Mais son orgueil l'avait conduit à l'humiliation jusqu'à ce qu'il reconnaisse que Dieu domine sur les royaumes humains.

Belshatsar connaissait cette histoire.

Daniel lui dit alors :

« Et toi, Belshatsar, son fils, tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. » (Daniel 5.22)

C'est l'une des phrases essentielles du chapitre.

Belshatsar n'est pas seulement condamné parce qu'il a commis une faute.

Il est condamné parce qu'il disposait d'un avertissement et n'en a tiré aucune leçon.

Commentaire 6 - Mene, Mene, Tekel, Parsin

Daniel peut maintenant expliquer l'inscription :

מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין

Menē, menē, teqēl ûfarsîn.

Ces quelques mots forment une sentence.

1. Mene - « compté »

Daniel explique :

« Dieu a compté ton règne, et y a mis fin. » (Daniel 5.26)

Le temps accordé au royaume est terminé.

Belshatsar pensait encore disposer de son avenir.

Mais son règne avait atteint sa limite.

2. Tekel - « pesé »

Daniel poursuit :

« Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé insuffisant. » (Daniel 5.27)

Cette fois, ce n'est plus le royaume qui est évalué.

C'est le roi lui-même.

Belshatsar possède de l'or, un palais, des dignitaires et une immense autorité.

Mais lorsque sa conduite est placée dans la balance, tout ce prestige ne suffit pas.

3. Peres - « divisé »

Enfin :

« Ton royaume est divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. » (Daniel 5.28)

Le mot contient également un jeu sonore avec les Perses.

Le message est donc complet :

le règne est compté ;

le roi est pesé ;

le royaume est divisé.

Commentaire 7 - Cette même nuit

Belshatsar ordonne malgré tout que Daniel reçoive les honneurs promis.

Mais l'ironie de la scène est profonde.

Le roi distribue encore des dignités dans un royaume qu'il est sur le point de perdre.

Puis le récit s'achève brutalement :

« Cette même nuit, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. » (Daniel 5.30)

La chute de Babylone en 539 av. J.-C. est un événement historique bien établi.

Les sources babyloniennes racontent la campagne de Cyrus, la défaite des Babyloniens, la prise de Sippar puis l'entrée des forces de Cyrus dans Babylone.

La ville ne fut pas immédiatement détruite.

Ce qui prit fin fut l'indépendance de l'Empire néo-babylonien.

Cette distinction correspond exactement à la sentence annoncée à Belshatsar : son royaume allait être donné à une autre puissance.

Le saviez-vous ? - Babylone n’a pas été détruite en 539 av. J.-C.

Dire que « Babylone tombe » en 539 av. J.-C. ne signifie pas que la ville est alors rasée.

Babylone continue d'exister sous les Perses.

Ce qui disparaît en 539 av. J.-C., c'est l'Empire néo-babylonien en tant que puissance indépendante.

Cette précision permet de mieux comprendre Daniel 5.28 : le texte annonce avant tout un transfert de souveraineté.

Commentaire 8 - De la tête d’or aux Mèdes et aux Perses

Daniel 5 doit également être replacé dans l'ensemble du livre.

Au chapitre 2, Nebucadnetsar avait vu une immense statue.

Daniel lui avait expliqué :

« Tu es la tête d'or. » (Daniel 2.38)

Puis il avait ajouté :

« Après toi, il s'élèvera un autre royaume. » (Daniel 2.39)

Daniel 5 raconte précisément cette première grande transition.

La domination babylonienne prend fin.

Le royaume est donné « aux Mèdes et aux Perses ».

Daniel 8 confirme cette association lorsqu'il explique que le bélier à deux cornes représente :

« les rois des Mèdes et des Perses ». (Daniel 8.20)

Il est donc préférable de comprendre ici une même puissance médo-perse, composée de deux éléments, plutôt que deux empires prophétiques totalement indépendants placés successivement entre Babylone et la Grèce.

Daniel 8 identifiera ensuite le bouc qui renverse le bélier avec la puissance grecque.

La progression devient ainsi particulièrement claire :

Babylone → Mèdes et Perses → Grèce.

Daniel 5 constitue le moment historique où commence cette succession annoncée auparavant.

Commentaire 9 - Qui est Darius le Mède ?

Le chapitre se termine par une difficulté :

« Et Darius le Mède reçut le royaume, étant âgé d'environ soixante-deux ans. » (Daniel 6.1)

Les sources historiques connues attribuent clairement la conquête de Babylone à Cyrus II.

En revanche, elles ne permettent pas actuellement d'identifier avec certitude un personnage appelé « Darius le Mède » correspondant à toutes les indications de Daniel.

Plusieurs solutions ont été proposées : un gouverneur exerçant son autorité sous Cyrus, Gubaru, Ugbaru, Cyrus lui-même ou encore un souverain mède connu dans une tradition transmise par Xénophon.

Aucune identification n'est suffisamment démontrée pour être présentée comme certaine.

Un détail du texte mérite toutefois attention : Daniel ne dit pas que Darius conquit personnellement Babylone. Il dit qu'il « reçut le royaume ».

Daniel 9 précise également qu'il fut établi sur « le royaume des Chaldéens ».

Il pourrait donc s'agir d'une autorité exercée sous la souveraineté supérieure de Cyrus.

La question reste ouverte.

Il est préférable de reconnaître cette difficulté plutôt que de prétendre disposer d'une solution que les sources actuelles ne permettent pas d'établir.

Commentaire 10 - Ce que Daniel 5 enseigne aujourd’hui

Daniel 5 ne raconte pas seulement la disparition d'un empire ancien.

Il pose plusieurs questions qui dépassent largement l'histoire de Babylone.

Le pouvoir possède des limites

Belshatsar est entouré de mille dignitaires.

Quelques heures plus tard, son pouvoir a disparu.

Le récit rappelle ainsi qu'une autorité politique, aussi impressionnante soit-elle, n'est jamais absolue.

Connaître un avertissement implique une responsabilité

La faute de Belshatsar est aggravée par cette parole :

« quoique tu susses toutes ces choses ».

Il connaissait l'histoire de Nebucadnetsar.

Il savait où l'orgueil pouvait conduire.

Mais il n'en avait tiré aucune leçon.

Le sacré ne peut être réduit à un objet de dérision

Les vases du Temple deviennent les instruments du banquet.

Cette profanation manifeste quelque chose de plus profond : Belshatsar se comporte comme si la victoire passée de Babylone lui donnait le droit de mépriser définitivement le Dieu d'Israël.

L'apparition de l'inscription répond précisément à cette prétention.

Les apparences peuvent être trompeuses

Au début de la nuit, Belshatsar semble puissant.

Daniel semble n'être qu'un ancien exilé oublié par la cour.

À la fin de la nuit, Daniel demeure tandis que le pouvoir de Belshatsar disparaît.

Le récit inverse ainsi les apparences.

À retenir

  • Belshatsar est un personnage historique, fils du roi Nabonide, ayant exercé une autorité importante à Babylone.
  • La faute centrale du banquet est la profanation des vases du Temple associée à la glorification des idoles.
  • Mene signifie que le règne est compté et arrivé à son terme.
  • Tekel signifie que Belshatsar a été pesé et trouvé insuffisant.
  • Peres annonce la division du royaume et son transfert aux Mèdes et aux Perses.
  • Babylone tombe en 539 av. J.-C., sans être alors détruite.
  • Daniel 5 correspond à la première grande transition annoncée par la statue de Daniel 2.
  • Daniel 8 présente les Mèdes et les Perses comme une même puissance, symbolisée par un bélier à deux cornes.
  • L'identité exacte de Darius le Mède demeure incertaine.
  • Le message central reste celui de tout le livre : les puissances humaines ont leur temps et leurs limites ; Dieu demeure souverain sur l'histoire.

Références bibliques citées

1 Samuel 2.3 ; Daniel 1.1-2 ; Daniel 2.20-21 ; Daniel 2.31-39 ; Daniel 4.28-34 ; Daniel 5.1-31 ; Daniel 6.8-16 ; Daniel 8.3-8 ; Daniel 8.20-21 ; Daniel 9.1.

Conclusion - Compté, pesé, divisé

Daniel 5 raconte la fin d'un monde.

La Babylone qui avait conquis Jérusalem, emporté les vases du Temple et déporté Daniel arrive à son terme.

Belshatsar croit encore pouvoir célébrer sa puissance.

Il prend même les objets sacrés du Temple pour glorifier ses dieux.

Mais quelques mots suffisent à renverser toute la perspective :

Mene.

Le temps du royaume est compté.

Tekel.

Le roi est pesé.

Peres.

Le royaume est donné à d'autres.

Daniel 5 rejoint ainsi l'un des grands enseignements qui traversent tout le livre : les royaumes humains passent, mais la souveraineté de Dieu demeure.

La tête d'or de Daniel 2 n'était pas éternelle.

Babylone avait reçu son temps.

En 539 av. J.-C., ce temps s'achève et une nouvelle étape de l'histoire commence.

Cette version pédagogique présente les principaux éléments du chapitre. L'étude académique de Daniel 5 permet d'approfondir les questions historiques concernant Belshatsar et Nabonide, les sources relatives à la conquête de Babylone, l'identité de la reine, l'analyse araméenne de Mene, Mene, Tekel, Parsin, le problème de Darius le Mède et la relation entre Daniel 2, Daniel 5 et Daniel 8.