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Belshatsar dans les sources historiques

Daniel 5 présente Belshatsar comme le souverain de Babylone au moment de la chute de la ville. Cette donnée a longtemps posé problème parce que…

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1. Une ancienne difficulté historique

Daniel 5 présente Belshatsar comme le souverain de Babylone au moment de la chute de la ville.

Cette donnée a longtemps posé problème parce que les traditions historiques issues notamment des auteurs grecs connaissaient surtout Nabonide comme dernier roi de l'empire néo-babylonien.

Les listes royales babyloniennes confirment effectivement cette succession générale :

Nebucadnetsar II règne de 605 à 562 av. J.-C. ;

Amel-Marduk lui succède de 562 à 560 ;

Nériglissar règne de 560 à 556 ;

Labashi-Marduk ne règne que quelques mois en 556 ;

Nabonide règne enfin de 556 à 539 av. J.-C.

Belshatsar n'apparaît donc pas dans cette succession comme roi officiel indépendant.

Cette absence avait conduit certains chercheurs à considérer son apparition dans Daniel comme une difficulté historique majeure.

2. L’identification de Belshatsar

Les découvertes cunéiformes ont profondément modifié la question.

Des textes babyloniens mentionnent un personnage appelé Bēl-šar-uṣur, nom correspondant au Belshatsar biblique.

Le nom signifie approximativement :

« Bel, protège le roi ».

Ces documents établissent que Belshatsar n'est pas un personnage inventé par le récit biblique.

Ils permettent également de l'identifier comme fils de Nabonide.

Le problème historique n'est donc plus celui de son existence, mais celui de la nature exacte de son pouvoir.

3. Le Cylindre de Nabonide

Parmi les documents importants figure le Cylindre de Nabonide.

Nabonide y mentionne son fils Belshatsar et demande notamment la protection divine pour lui.

Ce document confirme directement la relation familiale entre les deux hommes.

Belshatsar appartient donc à la famille royale et occupe une position privilégiée auprès du dernier roi officiel de Babylone.

Cette donnée est particulièrement importante pour Daniel 5, puisque le récit place Belshatsar au centre du gouvernement babylonien pendant la période finale de l'empire.

4. Nabonide loin de Babylone

Le règne de Nabonide présente une particularité remarquable.

Pendant plusieurs années, il séjourne loin de Babylone, notamment à Tayma, dans le nord-ouest de l'Arabie.

Cette absence prolongée pose naturellement la question du gouvernement de la capitale et de l'administration du royaume.

Les textes babyloniens indiquent que Belshatsar reçut alors des responsabilités considérables.

Cette situation permet de comprendre comment un personnage qui ne figure pas dans les listes royales comme souverain officiel pouvait néanmoins exercer à Babylone une autorité suffisamment importante pour être présenté comme roi dans un récit centré sur le fonctionnement effectif du pouvoir.

5. Le « Récit en vers de Nabonide »

Un autre document important, généralement appelé Récit en vers de Nabonide, rapporte que Nabonide confia certaines responsabilités à son fils avant de partir pour Tayma.

Le texte présente Belshatsar comme investi d'une autorité importante pendant l'absence de son père.

La source est hostile à Nabonide et doit être utilisée avec prudence, mais elle confirme néanmoins que le fils du roi occupait une place politique de premier plan.

Il apparaît donc historiquement justifié de distinguer deux réalités :

Nabonide demeure le roi officiel de l'empire ;

Belshatsar exerce une autorité royale considérable pendant son absence.

Cette distinction évite de transformer abusivement Belshatsar en souverain indépendant tout en reconnaissant la réalité de son pouvoir.

6. Belshatsar était-il corégent ?

Le terme corégent est parfois utilisé pour décrire la situation.

Il peut être utile s'il signifie simplement que Belshatsar participa très largement à l'exercice du pouvoir pendant l'absence de Nabonide.

Il devient toutefois plus problématique s'il suppose une accession officielle au trône équivalente à celle de son père.

Les documents actuellement connus ne permettent pas d'affirmer que Belshatsar ait reçu tous les titres et toutes les prérogatives cultuelles attachés à la royauté babylonienne.

Il est donc préférable de parler d'une autorité royale déléguée ou d'une situation proche d'une corégence de fait, plutôt que d'affirmer sans nuance l'existence d'une corégence institutionnelle pleinement établie.

7. Pourquoi Daniel l’appelle-t-il « roi » ?

L'emploi du titre de « roi » dans Daniel ne nécessite pas nécessairement que Belshatsar ait été inscrit dans les listes dynastiques comme souverain officiel indépendant.

Le récit décrit l'homme qui exerce concrètement l'autorité dans la scène babylonienne.

Belshatsar dispose d'un palais, convoque les dignitaires, donne des ordres, promet des honneurs et possède le pouvoir d'accorder une haute fonction dans le royaume.

Dans ce contexte, le titre employé par Daniel correspond à la position effective du personnage dans le récit.

La distinction entre titre royal officiel et exercice concret d'une autorité royale permet ainsi de comprendre les données bibliques sans contredire les documents babyloniens.

8. La troisième place dans le royaume

L'un des détails les plus remarquables de Daniel 5 est la promesse faite à celui qui interprétera l'inscription :

« Il sera le troisième dans le gouvernement du royaume. » (Daniel 5.7)

La formule est répétée en Daniel 5.16 et accomplie en 5.29.

Dans le cadre fourni par les documents babyloniens, cette précision devient particulièrement intéressante.

Nabonide demeure le souverain officiel.

Belshatsar exerce une autorité considérable sous son père.

La plus haute dignité que Belshatsar pouvait raisonnablement promettre aurait donc pu être une position venant immédiatement après eux.

Cette explication est historiquement cohérente, même si aucun document babylonien connu ne décrit formellement une hiérarchie numérotée « premier, deuxième, troisième ».

Le texte de Daniel et les sources cunéiformes présentent néanmoins une convergence remarquable sur la situation particulière de Belshatsar.

9. Belshatsar et la dernière année de l’empire

Les documents babyloniens situent clairement Nabonide à la tête de l'empire au moment de sa chute en 539 av. J.-C.

Daniel, pour sa part, concentre son récit sur Belshatsar à Babylone.

Ces deux données ne sont pas nécessairement contradictoires.

Daniel ne prétend pas fournir une liste complète des souverains néo-babyloniens. Son récit s'intéresse au responsable royal présent dans la scène qu'il décrit.

La documentation extrabiblique établit précisément qu'un fils de Nabonide nommé Belshatsar avait exercé d'importantes responsabilités politiques.

10. Une confirmation importante, mais à ne pas exagérer

Les découvertes cunéiformes ont donc permis de résoudre une partie substantielle de l'ancienne difficulté concernant Belshatsar.

Trois données peuvent être considérées comme solidement établies :

Belshatsar a réellement existé ;

il était fils de Nabonide ;

il exerça une autorité politique considérable pendant le règne de son père.

En revanche, les documents actuellement disponibles ne permettent pas d'affirmer qu'il fut officiellement couronné comme roi indépendant de Babylone ni de reconstituer dans tous ses détails son statut institutionnel.

La valeur historique de Daniel 5 ne réside donc pas dans une identité parfaite entre le vocabulaire administratif des documents cunéiformes et celui du récit biblique.

Elle apparaît plutôt dans la connaissance d'une situation politique particulière : à côté du dernier roi officiel de Babylone, Nabonide, son fils Belshatsar occupait effectivement une position exceptionnelle dans l'exercice du pouvoir.

Cette donnée fournit un arrière-plan historique particulièrement cohérent au banquet de Daniel 5 et à l'étonnante promesse d'accorder à Daniel la troisième place du royaume.