La parabole du filet (Matthieu 13.47-50) clôt le grand discours en paraboles de Matthieu 13 et constitue l'aboutissement de tout l'enseignement de Jésus sur le royaume des cieux dans ce chapitre. Après avoir décrit la manière dont le Royaume est annoncé, reçu, contesté, développé et reconnu comme un trésor d'une valeur incomparable, Jésus en révèle désormais l'issue ultime : le jugement final. Cette dernière parabole conduit ainsi le lecteur jusqu'à l'accomplissement de toute l'histoire du salut, lorsque Dieu séparera définitivement les justes des méchants.
À première vue, l'image choisie est d'une grande simplicité. Jésus évoque un grand filet lancé dans le lac qui ramène toutes sortes de poissons avant que les pêcheurs ne procèdent au tri sur le rivage. Cette scène appartenait au quotidien des habitants de la Galilée. Plusieurs des premiers disciples étaient eux-mêmes pêcheurs, et les rives du lac de Galilée étaient animées par une importante activité halieutique. Comme souvent dans les paraboles, Jésus part d'une réalité familière pour conduire ses auditeurs vers une vérité spirituelle d'une portée considérable.
Cette parabole est propre à l'Évangile selon Matthieu. Aucun autre évangéliste ne la rapporte. Cette particularité est significative, car Matthieu accorde une place importante au thème du jugement final, de la responsabilité humaine et de l'accomplissement du Royaume. On y retrouve plusieurs expressions caractéristiques de son Évangile, telles que « le royaume des cieux », « la fin du monde », « les pleurs et les grincements de dents » ou encore l'intervention des anges lors du jugement. La parabole du filet s'inscrit donc parfaitement dans la théologie propre à Matthieu.
Elle présente également une forte parenté avec la parabole de l'ivraie (Matthieu 13.24-30,36-43). Toutes deux montrent qu'au cours du temps présent, le bien et le mal coexistent sans que Dieu intervienne immédiatement pour les séparer. Le jugement est volontairement différé jusqu'au temps fixé par Dieu. Cette patience ne traduit pas une absence de justice, mais manifeste au contraire la miséricorde divine, qui laisse aux hommes le temps de répondre à l'appel de l'Évangile. Toutefois, cette période de grâce ne durera pas indéfiniment. Le moment viendra où Dieu exercera un discernement parfait et irrévocable.
La parabole du filet ne doit donc pas être lue comme une simple description du jugement dernier. Elle constitue avant tout un appel à prendre au sérieux le temps présent. Aujourd'hui, le Royaume rassemble largement ; demain, Dieu séparera parfaitement. L'Évangile est annoncé à tous sans distinction, mais chacun demeure responsable de la réponse qu'il apporte à cet appel. Cette tension entre la patience de Dieu et la certitude du jugement traverse toute la révélation biblique et trouve ici l'une de ses expressions les plus solennelles.
Par sa brièveté, cette parabole pourrait sembler moins riche que les grandes paraboles du semeur ou de l'ivraie. Pourtant, elle résume en quelques versets plusieurs thèmes majeurs de l'Écriture : l'universalité de l'appel de Dieu, la coexistence provisoire du bien et du mal, la patience divine, le jugement final, le ministère des anges et l'accomplissement définitif du Royaume. Véritable conclusion du discours de Matthieu 13, elle rappelle que l'histoire ne se dirige pas vers une fin incertaine, mais vers l'établissement complet du règne de Dieu, lorsque sa justice sera pleinement manifestée.