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Dans quelle langue, Jésus, s'exprimait-il ?

À l’époque de Jésus, le peuple parlait l’araméen, tandis que l’hébreu était liturgique et le grec commercial, et Jésus maîtrisait ces trois langues. La différence entre « Eli » chez Matthieu et « Eloï » chez Marc traduit simplement une variation dialectale de la même expression araméenne : « mon Dieu ».

En bref

L'article CTD043 répond à la prétendue contradiction entre Matthieu ('Eli, Eli...') et Marc ('Eloï, Eloï...') concernant le cri de Jésus sur la croix. L'analyse linguistique montre que Jésus parlait araméen (attesté par 'sabachthani' dans les deux textes) et que la différence entre 'Eli' (forme hébraïque) et 'Eloï' (forme araméenne) reflète simplement l'adaptation de chaque évangéliste à son lectorat. Il n'y a aucune contradiction.

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15 min
Références
22
Livres cités
6
Niveau
Moyen
Public
Intermédiaire
Publiée
04/05/2026
Mise à jour
04/05/2026
Personnages

Jésus · Matthieu · Marc · Pilate · femme syro-phénicienne

Lieux

Palestine · Nazareth · Galilée · Jérusalem

Périodes

1er siècle · époque du Second Temple · ministère de Jésus · passion de Jésus

Mots-clés

langue de Jésus · Eli Eli · Eloï Eloï · araméen · hébreu · cri de la croix · Matthieu 27.46 · Marc 15.34 · contradiction biblique · Psaume 22 (+ 2, voir l'index)

Notions

multilinguisme en Palestine au 1er siècle · contradiction apparente · critique textuelle · adaptation au lectorat · langue vernaculaire · langue liturgique · accomplissement des prophéties · psaume messianique · lamentation biblique · transcription phonétique

Références bibliques

Matthieu 27.46 · Marc 15.34 · Marc 5.41 · Marc 7.34 · Marc 14.36 · Luc 4.16-21 · Jean 18.33-38 · Marc 7.26-29 · Psaumes 22.2 · Matthieu 1.1 (+ 2, voir l'index)

Résumé

L'article CTD043 traite d'une prétendue contradiction soulevée par le site islamland.com (contradiction n°74) concernant la langue dans laquelle Jésus s'exprimait au moment de son cri depuis la croix. La question porte précisément sur la différence entre la formulation rapportée par Matthieu ('Eli, Eli...') et celle rapportée par Marc ('Eloï, Eloï...'). L'article se propose d'analyser cette différence en profondeur pour déterminer s'il s'agit réellement d'une contradiction ou d'une simple variation rédactionnelle et linguistique. Dans un premier temps, l'article replace la question dans son contexte linguistique. À l'époque de Jésus, la Palestine était un véritable carrefour de langues. L'araméen était la langue vernaculaire du peuple juif, parlée au quotidien. L'hébreu demeurait la langue liturgique, utilisée dans les synagogues et au Temple. Le grec, quant à lui, servait aux échanges commerciaux et administratifs dans le cadre de l'Empire romain. L'article démontre, à partir de plusieurs passages évangéliques, que Jésus maîtrisait ces trois langues. Il utilisait l'araméen dans des expressions comme 'Talitha koum' (Marc 5.41), 'Ephphatha' (Marc 7.34) et 'Abba' (Marc 14.36). Il lisait et commentait les Écritures hébraïques dans la synagogue de Nazareth (Luc 4.16-21). Et il dialoguait en grec avec Pilate lors de son procès (Jean 18.33-38) ainsi qu'avec la femme syro-phénicienne (Marc 7.26-29). L'analyse linguistique constitue le cœur de la démonstration. La phrase prononcée par Jésus se compose de deux éléments distincts : l'invocation 'mon Dieu' et le verbe 'pourquoi m'as-tu abandonné'. Concernant ce verbe, l'article souligne que 'sabachthani' provient de la racine araméenne š-b-q signifiant 'abandonner'. Or, en hébreu biblique, le Psaume 22.2 utilise le verbe 'azav' (עָזַב), ce qui aurait donné 'lama azavtani'. La présence de 'sabachthani' dans les deux Évangiles, tant chez Matthieu que chez Marc, confirme de manière décisive que Jésus s'exprimait en araméen au moment de cette exclamation. La seule variation réelle entre les deux récits porte donc sur la transcription du mot 'mon Dieu'. 'Eli' (אֵלִי) est la forme hébraïque, telle qu'elle figure dans le texte du Psaume 22.2, tandis qu''Eloï' (אֱלָהִי) est la forme araméenne équivalente, reflétant la prononciation galiléenne. Cette distinction s'explique par les publics cibles respectifs des deux évangélistes. Matthieu, qui écrit principalement pour un public juif (Matthieu 1.1 ; 5.17-18), emploie la forme hébraïsante 'Eli', plus directement liée au texte scripturaire et plus familière à ses lecteurs. Marc, qui s'adresse à un public romain (Marc 15.39), transcrit fidèlement la prononciation araméenne entendue : 'Eloï'. Il s'agit donc d'une adaptation au lectorat, et non d'une contradiction sur les faits historiques. Sur le plan théologique, l'article rappelle que ce cri de Jésus est une citation du Psaume 22.2, un psaume messianique qui décrit avec une précision frappante la souffrance du Serviteur souffrant. En reprenant ce psaume, Jésus s'inscrit dans l'accomplissement des prophéties scripturaires. Ce cri n'exprime pas un désespoir absolu, mais une lamentation confiante adressée à Dieu, dans la tradition des Psaumes de supplication. La portée théologique de ce passage est donc immense : elle affirme à la fois la pleine humanité de Jésus, qui souffre réellement, et sa fidélité à l'Écriture jusqu'aux derniers instants de sa vie. En conclusion, l'article démontre que la différence entre 'Eli' (Matthieu) et 'Eloï' (Marc) ne constitue en aucun cas une contradiction. Elle reflète les choix rédactionnels propres à chaque évangéliste en fonction de son public, la réalité du multilinguisme de Jésus et du contexte palestinien de l'époque. Loin d'affaiblir la fiabilité des Évangiles, cette variation témoigne de l'authenticité et de la richesse de la transmission des paroles de Jésus, chaque auteur ayant choisi de transmettre le même événement avec une sensibilité adaptée à ses destinataires.

Pour plus d'informations

I. Question soulevée

Selon le site islamland.com (contradiction n° 74), les Évangiles se contrediraient sur la langue utilisée par Jésus au moment de son cri sur la croix :

  • Matthieu rapporterait une forme hébraïque : « Eli, Eli… » (Matthieu 27.46).
  • Marc rapporterait une forme araméenne : « Eloï, Eloï… » (Marc 15.34).

Cette différence constitue-t-elle une contradiction ?

III. Contexte linguistique

À l'époque de Jésus, la Palestine était un carrefour linguistique. L'araméen constituait la langue vernaculaire du peuple juif, l'hébreu demeurait la langue liturgique utilisée dans les synagogues et le Temple, tandis que le grec servait aux échanges commerciaux et administratifs sous l'Empire romain.

Plusieurs passages bibliques attestent que Jésus maîtrisait ces différentes langues :

  • Araméen : Jésus utilise des expressions araméennes telles que « Talitha koum » (« Jeune fille, lève-toi ») (Marc 5.41), « Ephphatha » (« Ouvre-toi ») (Marc 7.34) et « Abba » (« Père ») (Marc 14.36).
  • Hébreu : Jésus lit et commente les Écritures hébraïques dans la synagogue de Nazareth (Luc 4.16-21).
  • Grec : Jésus dialogue avec Pilate lors de son procès (Jean 18.33-38) et avec la femme syro-phénicienne (Marc 7.26-29).

IV. Analyse linguistique

La phrase prononcée par Jésus comporte deux éléments :

ÉlémentMatthieuMarcOrigine
« Mon Dieu »Eli (אֵלִי)Eloï (אֱלָהִי)Hébreu / Araméen
« pourquoi m'as-tu abandonné »lama sabachthanilama sabachthaniAraméen

Le verbe sabachthani provient de la racine araméenne š-b-q (abandonner). En hébreu biblique, le Psaumes 22.2 utilise le verbe azav (עָזַב), ce qui donnerait lama azavtani. La présence de sabachthani dans les deux Évangiles confirme que Jésus s'exprimait en araméen.

V. Explication de la différence

La seule variation entre les deux récits porte sur la transcription du mot « mon Dieu » :

  • Eli (אֵלִי) correspond à la forme hébraïque, telle qu'elle apparaît dans le texte du Psaumes 22.2.
  • Eloï (אֱלָהִי) est la forme araméenne équivalente, reflétant la prononciation galiléenne.

Matthieu, écrivant pour un public juif (Matthieu 1.1 ; Matthieu 5.17-18), emploie la forme hébraïsante « Eli », plus directement liée au texte scripturaire et plus familière à ses lecteurs. Marc, s'adressant à un public romain (Marc 15.39), transcrit fidèlement la prononciation araméenne entendue : « Eloï ».

Cette différence relève donc d'une adaptation au lectorat, non d'une contradiction sur les faits.

VI. Portée théologique

En prononçant ces mots, Jésus cite le premier verset du Psaumes 22.2, un psaume messianique qui décrit les souffrances du juste persécuté. Ce psaume contient de nombreux éléments accomplis lors de la crucifixion :

  • « Tous ceux qui me voient se moquent de moi » (Psaumes 22.8) — accompli en (Matthieu 27.39-44).
  • « Ils ont percé mes mains et mes pieds » (Psaumes 22.17) — accompli en (Jean 20.25).
  • « Ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique » (Psaumes 22.19) — accompli en (Jean 19.23-24).

Le Psaume 22 ne s'achève pas sur le désespoir, mais sur une proclamation de victoire et de louange universelle (Psaumes 22.23-32). En citant ce psaume, Jésus s'identifie au juste souffrant des Écritures et annonce, même dans l'agonie, le triomphe final de Dieu. Cette citation accomplit également la prophétie selon laquelle le Messie serait « compté parmi les malfaiteurs » tout en portant les péchés de plusieurs (Esaïe 53.12).

Conclusion

Les récits de Matthieu et de Marc ne se contredisent pas. Ils rapportent la même parole de Jésus, prononcée en araméen, avec une légère variation dans la transcription du mot « mon Dieu » : Matthieu adopte la forme hébraïsante « Eli », Marc la forme araméenne « Eloï ».

Cette différence témoigne de la richesse du témoignage évangélique et de l'adaptation de chaque évangéliste à son lectorat, sans altération du sens ni contradiction sur les faits. Les deux Évangiles attestent ensemble que Jésus, au moment de sa mort, accomplit les Écritures en s'identifiant au juste souffrant du Psaume 22.

Lexique
Les romains
En l’an -63 av. J.-C. le général romain Pompée, envahi le territoire d’Israël et prend Jérusalem. INF004
La synagogue
Une synagogue est un lieu de culte, d'enseignement et de rassemblement pour les Juifs. Lieu de prière : La synagogue est utilisée pour la prière communautaire et individuelle. INF090
Talitha koum
"Talitha koum" est une expression araméenne utilisée par le Messie Jésus dans le récit de la résurrection de la fille de Jaïrus, tel que mentionné dans Marc 5.41. "Talitha koum" se traduit littéralement par "Jeune fille, lève-toi". INF099
Pour aller plus loin
Index de l'étude

Mots-clés : langue de Jésus · Eli Eli · Eloï Eloï · araméen · hébreu · cri de la croix · Matthieu 27.46 · Marc 15.34 · contradiction biblique · Psaume 22 · multilinguisme · passion de Jésus

Références bibliques : Matthieu 27.46 · Marc 15.34 · Marc 5.41 · Marc 7.34 · Marc 14.36 · Luc 4.16-21 · Jean 18.33-38 · Marc 7.26-29 · Psaumes 22.2 · Matthieu 1.1 · Matthieu 5.17-18 · Marc 15.39

Genèse 49.10
« Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda, ni le bâton de commandement d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Schilo, et que les peuples lui obéissent. »
Pourquoi « Schilo » ?

Le terme « Schilo » apparaît dans la Genèse, au sein de la bénédiction de Jacob sur ses fils. Il est généralement traduit par « celui à qui cela appartient » ou « celui qui doit venir » — une prophétie messianique qui annonce un personnage issu de la tribu de Juda, à qui les peuples du monde obéiront. Pour nous, ce nom symbolise notre conviction centrale : Jésus est ce Schilo — le Messie annoncé, fils de David, fils d'Abraham, vers qui pointent toutes les Écritures. Notre site porte ce nom en hommage à cette prophétie et à Celui qu'elle désigne.

Sources et droits

Cette étude : © 2026 Schilo — Tous droits réservés. Source : https://www.schilo.org/ctd043-dans-quelle-langue-jesus-sexprimait-il/, exportée le 26/10/2026. La version en ligne peut avoir été complétée depuis.