La perspective d’Edward Denny offre un cadre particulièrement cohérent pour articuler la dimension historique et la dimension eschatologique de Daniel 7.
Elle permet de maintenir la succession :
Babylone → Médo-Perse → Grèce → Rome,
tout en reconnaissant que la quatrième puissance ne disparaît pas de la structure prophétique avec la fin de l’Empire romain antique.
Daniel 2 montre le quatrième royaume passant du fer à une phase divisée de fer et d’argile. Daniel 7 montre la quatrième bête portant dix cornes. Apocalypse 17 reprend ces dix cornes comme dix rois contemporains qui donnent leur autorité à la bête avant de combattre l’Agneau.
Dans cette lecture, Rome constitue donc le commencement historique du quatrième royaume, tandis que les dix rois et la puissance hostile appartiennent à son achèvement prophétique.
Cette continuité ne nécessite pas une survie institutionnelle ininterrompue de l’Empire romain. Elle repose sur la continuité de la quatrième puissance dans l’architecture prophétique jusqu’à sa forme terminale.
L’interprétation de Denny doit toutefois rester soumise à une distinction méthodologique essentielle : ce que Daniel affirme explicitement doit être séparé de ce que la comparaison des prophéties permet de reconstruire. C’est précisément cette distinction qui permet de défendre une lecture eschatologique sans transformer une hypothèse en donnée textuelle.
L’apport essentiel de cette perspective demeure alors conforme au message central de Daniel 7 : l’histoire des empires ne s’achève ni avec Rome, ni avec les dix rois, ni avec l’Antéchrist. Elle s’achève lorsque le tribunal céleste retire définitivement la domination aux puissances bestiales et que le Fils de l’homme reçoit le royaume éternel avec les saints du Très-Haut.